Quelques pensées sur le fait de discuter et internet …
Depuis que j’ai un blog, je me demande de temps en temps ce qu’est l’internet au juste…
Question idiote, vous pensez? Oui, surtout pour quelqu’un qui se dit bloggeur. Pourtant, il existe sur le net plusieurs théories et pas toutes sont d’avis que la sacro-sainte toile soit le moyen idéal pour communiquer, pour que les peuples se rapprochent enfin et que – qui sait – le net soit la solution à tous nos problèmes… bon, faut dire aussi que celles et ceux qui croient en des panacées à tous les problèmes sont légèrement crédules…
D’autant plus, qu’il existe bel et bien des théoriciens qui mettent en cause l’idée que le net rapprocherait les gens. Par exemple: Dominique Wolton qui raconte dans son ouvrage “L’autre mondialisation” comment l’internet esseule ses usagers et surtout comment son rapport à l’autre ne s’en trouve pas amélioré. Tout au contraire, que l’autre – en tant que personne, société, institution, bref tout ce qui n’est pas associable au moi – soit consultable maintenant sur l’ordinateur familial quelque part dans un coin du salon, ne change rien aux préjugés qu’on a à son égard. Pire encore, leur omniprésence risque de faire croître les malentendus…
Il n’y a qu’à lire les “discussions” interminables dans les forums et se poser la question: “Est-ce que ces gens-là discutent vraiment?” – Dans la majorité des cas, la réponse est non… et pour cause, car beaucoup trop de personnes usent ces forums pour insulter la société, pour se donner de l’importance … mais aussi pour construire leur égo, ce qui est naturel, en fin de compte. Tout compte fait, la discussion – véritable, celle où les interlocuteurs se donnent la peine de prendre en cause les arguments de l’autre et de revoir leurs positions si la raison de l’autre les force – est quasiment introuvable sur le net… même si les plateformes de communcation sont le dernier boom du web 2.0, et que le “user generated content” promet de beaux profits aux entreprises qui ne devront plus trop se soucier de leurs contenus avec des milliards de users fin prêts à leur livrer leurs données personnelles…
Avant de condamner l’internet comme source de tous les maux et de demander son interdiction, ce qui serait un réfèxe tout à fait sarkozyste, regardons un peu le monde réel.
Combien communiquons-nous vraiment dans notre quotidien? En commandant les croissants matinaux, vous échangez peut-être quelques formules de politesse avec votre boulanger, en meeting avec vos collègues de travail vous parlez boulot c’est tout, en actualisant votre compte facebook vous communiquez juste sur vos soirées passées et futures et puis en rentrant le soir, il peut vous arriver de vous sentir seul – même si quelqu’un vous attend…C’est que l’homme est un animal curieux, qui ne communique que par des schémas complexes. L’important, c’est d’avoir des gens avec qui on peut communiquer sans ambages, sans préjugés, sans trop de haine ou d’amour qui bouffent les sens et d’avoir quelque chose à leur dire…et encore: pour parler à ceux qu’on aime vraiment, il faut maîtriser une certaine délicatesse qu’on n’acquiert que par l’expérience – pénible, mais nécessaire – de l’échec…
Retenons donc, que la communication sous sa forme la plus agréable et profitable ne subsiste que très péniblement aussi bien dans le monde virtuel que dans la réalité.
Finalement, internet et société se ressemblent au lieu de s’opposer ou d’interagir, et on peut même les rapprocher sur un point essentiel: leur organisation interne. Il suffit de considérer juste la théorie que Gilles Deleuze et Félix Guattari énoncèrent dans l’introduction du second tome de “Capitalisme et Schizophrénie” nommé “Mille Plateaux” , celle du Rhizome. On m’excusera les simplifications à outrance mais, pour le dire simplement, la théorie du rhizome – appliquée à notre société – dit que l’idée d’une société arborescente, donc, organisée en hiérarchies pyramidales est fausse. Selon, Deleuze et Guattari, l’organisation sociétale correspondrait plutôt à l’image du rhizome – qui n’est rien d’autre que le corps invisible du champignon qui tisse ses liens sous terre, comme une toile. Ce que nous connaissons du champignon et ce que nous bouffons, n’est que son organe sexuel, soit dit en passant… Il faut se l’imaginer comme suit: même si mon chef est théoriquement mon supérieur, je peux avoir avec lui des liens qui fonctionnent dans le sens inverse – que ce soit parce que je détiens des expériences et des informations dont il a besoin ou que je saute sa femme, etc… En tout cas la réalité sociale, la réalité vécue dépasse de loin les schémas selon lesquels elle est supposée s’organiser.
Le mot toile, marqué en gras devrait avoir fait résonner quelques sonnettes d’alarme et montrer accessoirement où je voulais en venir à la fin: tirer une parallèle entre le monde réel et virtuel – plus précisément entre leurs modes d’organisation. Lorsque les chercheurs américains étaient chargés par leur Etat d’élaborer un “réseau distribué fonctionnant par commutation de paquets” ils imaginaient d’abord une figure centralisée, comprenant un point central et beaucoup de points adjacents – voyant que cela ne fonctionnait pas, ils pensèrent qu’un schéma décentralisé ferait l’affaire. Finalement, c’est le système distributif qui a été retenu pour être le plus performant. Ce système a – vous le devinez – la forme d’une toile. L’étude faite par un certain Paul Baran en 1964 (les soviets venaient juste d’envoyer le Spoutnik au-dessus des têtes de millions d’américains qui se chiaient dessus) est consultable ici, les schémas que je viens de mentionner se trouvent à la page 16 du document pdf. Et c’est ainsi qu’est né ce que nous appelons communément internet.
Juste pour insinuer finalement qu’internet et société se correspondent, non pas seulement en ce qui concerne les contenus et les modes de communication, mais aussi en ce qui concerne leur organisation interne. Internet n’est rien d’autre que le miroir exact de notre société avec tous ses politiciens, égomanes, amoureux et pédophiles. Internet ne peut pas rendre la société meilleure, mais si la société prend le soin de regarder dans son miroir, elle pourra peut-être voir ses conneries et changer…
bon, là je rêve….
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