Cette fois, ça y est. Ce texte me brûlait sous les ongles depuis bien longtemps, mais je croyais toujours qu’une meilleure occasion se présenterait pour le publier. Quand j’ai vu ce matin que le sieur Tonnar avait appelé au boycott du Tageblatt sur Facebook (une page curieusement disparue d’ailleurs peu après sa publication), parce qu’encore une fois il ne supportait pas d’être critiqué, je me suis décidé à enfin rédiger ce petit essai de démystification de la personne médiatique Serge Tonnar, qui souvent n’est pas ce qu’il nous vend.
D’abord, pourquoi le comparer à BHL? Tonnar ne se présente pas (encore) comme un “nouveau” philosophe et à ce que j’en sache il n’a pas sauvé la Lybie de Gaddhafi. Mais pourtant quelques parallèles entre le nouveau philosophe et notre trublion national sont évidents: tous les deux ont crée autour de leur personne un certain mythe en dehors duquel ils n’existent pas, tous les deux entretiennent d’excellentes relations avec les médias qui les aiment bien, et d’exécrables avec ceux qui osent les critiquer, tous les deux sont des hommes de réseaux et des joueurs multicartes qui sont un peu partout en même temps et qui n’hésitent pas à utiliser leur influence pour écraser leurs – supposés – ennemis et puis finalement BHL comme Tonnar s’érigent en autorités morales indiscutables. Pour cette comparaison, je me base sur le chapitre dédié à BHL dans l’excellent ouvrage de Pascal Boniface “Les intellectuels faussaires“.
1) Le mythe de l’artiste “indépendant”. A chaque fois que le nom de Serge Tonnar apparaît dans les médias, il est qualifié – et il se qualifie lui-même – d’artiste “indépendant”. C’est son label, son image à lui. C’est sa pose sur la couverture de la Revue, en tant que Che Guevara de la scène artistique locale, le dernier rebelle dans un monde d’abrutis qui n’osent plus lever la voix contre la connerie et les injustices. Mais, est-il pour autant un crève-la-faim qui dit la “vérité” du petit peuple aux riches et aux hommes de pouvoir? Est-il haï et exclu par celles et ceux qui gouvernent ce pays, ou qui le possèdent? Non, la réalité est différente et la pose du pauvre artiste frôle la malhonnêteté : au lieu de se dire artiste “indépendant” Serge Tonnar ferait mieux de se décrire comme “artiste dépendant d’une convention avec le ministère de la culture”. Car c’est bien du ministère de la culture – par le biais d’une convention avec Maskénada asbl - qu’il reçoit l’argent de ses productions, ses gages, ses salaires. Il est à la solde du ministère et tire ses revenus d’une convention, tout comme l’église catholique luxembourgeoise.
Et, en fait, il n’y a rien de mal à cela. Des centaines d’autres artistes et intermittents du spectacle se financent de cette façon et s’en tirent plutôt bien, même si un tel plan de vie n’est pas toujours de tout repos. Mais ces derniers ne se labellisent pas en tant qu’artistes indépendants, ces derniers ne font pas le rebelle pour le show tout en s’engraissant par derrière. Un fait curieux est que Tonnar est bien le premier sur tous les toits à crier son mépris de la médiocrité et la stupidité de la société luxembourgeoise, mais quand il s’agit de critiquer la non-politique culturelle menée dans ce pays, quand il faudrait dénoncer l’incompétence, l’arrogance et le népotisme qui règnent dans les couloirs du ministère, Serge Tonnar reste étonnamment muet. Etonnant, non? On retiendra que Tonnar est aussi rebelle que BHL est philosophe.
2) Un homme des réseaux et un joueur multicartes. Un autre fait qui risque d’endommager l’image du rebelle si bien entretenue est que Serge Tonnar est un peu partout dans le paysage artistique luxembourgeois. Ainsi, il n’est pas seulement incontournable dans le comité de Maskénéda, mais on le trouve également à la fédération du théâtre, dans le nouveau site de création Banannefabrik, le Forum Culture(s), la Fondation Thierry van Werveke et maintes autres institutions culturelles. Certes, je ne veux nullement spéculer que Serge Tonnar aurait un intérêt pécunier dans ces affaires, mais son bénévolat lui procure quelque chose de bien plus précieux dans la scène culturelle: de l’influence. Ce qui, non plus n’est pas une chose condamnable, au contraire même, la scène a besoin de gens qui s’engagent comme Tonnar le fait et qui utilisent leur influence pour faire bouger les choses. Mais là, où ça se corse c’est quand il l’utilise pour attaquer ceux qui le critiquent. Ce qu’il a fait avec son appel au boycott du Tageblatt, qui avait osé remarquer que la soirée de bienfaisance organisée par la Fondation Thierry van Werveke avait un caractère plutôt bling-bling, sans pour autant critiquer les artistes pour leur engagement pour les plus démunis. Et qu’en fait Tonnar? Il appelle au boycott de tout le journal, ce qui – si les gens le suivaient – pénaliserait toute une équipe rédactionnelle (pendant l’occupation, les nazis appellaient cela “Sippenhaft”). Mais le plus étonnant, ce sont les raisons qu’il avance pour expliquer son geste, car il prétend que l’auteur incriminé s’en serait pris aux artistes, ce qu’il n’a justement pas fait. En d’autres mots: la vérité lui importe peu, s’il peut attaquer de front quelqu’un qui ose le délit de lèse-majesté à son égard. L’exemple du Tageblatt, n’est pas le premier et sûrement pas le dernier cas dans lequel un journaliste se fait foudroyer par le petit dieu du Limpertsberg. Moi même, j’ai fait une expérience similaire en osant critiquer un CD de son groupe Zap Zoo en 2006. A l’époque Tonnar me reprochait d’être un joueur multicarte (sic!) qui n’avait pas le droit de critiquer des musiciens, étant musicien moi même. Ce qui est légèrement absurde, vu que son passé d’animateur musical à la radio publique (100,7) ne l’a jamais retenu de monter sur scène. Outre un échange de mails plutôt ridicule, j’ai eu droit – des années plus tard, car l’ire du sieur Tonnar n’est pas brève – à une tribune libre publiée dans la Revue, qui critiquait justement le fait qu’il y avait des critiques musicaux actifs dans la scène eux-mêmes. Et si Godard n’avait pas tourné de films parce qu’il écrivait dans “Les cahiers du cinéma” et si Baudelaire avait abandonné la poésie parce qu’il publiait ses “Salons”? On le voit bien, quand il attaque, Serge Tonnar perd un peu la contenance, la raison et la mesure. En fait, les journalistes qu’il aime, ce sont celles et ceux qui pratiquent un journalisme de service, qui ne publient que les communiqués de presse – paraphrasés parfois, il est vrai – qu’on veut bien leur donner. Donc tout comme BHL, qui traite ses critiques systématiquement d’antisémites, Tonnar ne craint pas les contre-vérités quand il veut faire taire une voix critique.
3) Une instance morale incontournable. Pour ce dernier point, je prends pour exemple l’”affaire” des Terres Rouges. On se souvient que fin août, le refus de Serge Tonnar de monter sur la scène de ce petit festival au caractère purement événementiel, avait fait quelques vagues dans la presse qui ronflait bien sous la torpeur du trou d’été tirant vers sa fin. Pourquoi ne voulait il pas jouer? A cause des organisateurs, qui, selon lui se foutaient de la gueule des groupes luxembourgeois, qui n’auraient qu’un rôle de figurants à jouer à côté des grands groupes internationaux également présents. S’il est vrai que le traitement des musiciens luxembourgeois n’est pas toujours très optimal, on doit tout de même se poser deux questions: Pourquoi un groupe local, moyennement connu dans le pays, jouerait-il après un groupe qui vient de terminer une tournée mondiale (d’ailleurs ce n’est pas seulement chez nous que les choses se font ainsi, à l’étranger aussi les “local heroes” ouvrent les soirées pour les groupes internationaux)? Et, pourquoi lui? En quel droit s’exprime-t-il pour tous les autres musiciens du pays? C’est qu’il doit vraiment se prendre pour une instance morale, ou, qu’il a un égo monumental. En tout cas, cela démontre que l’artiste rebelle et “indépendant” ne se prend pas pour un outsider, mais bien pour quelqu’un d’influent.
En guise de conclusion: Ce que je ne veux pas dire – et ce que je ne veux a fortiori pas qu’on me fasse dire – c’est que Serge Tonnar est un mauvais artiste. Au contraire même, il est un excellent acteur et un songwriter talentueux et ses piques – parfois plus, parfois moins drôles – qu’il lance contre la société luxembourgeoise sont bien nécessaires. En d’autres mots: Sans lui, notre paysage culturel serait bien plus pauvre. Ce qui ne veut pas dire tout de même que de telles qualités l’autoriseraient à se considérer au-dessus de la mêlée…





some radio comment i did for public luxembourgian broadcast…
May 12th, 2011for non-luxembourgians: it’s about good old osama…
http://www.100komma7.lu/files/0/8/209022_dageskronik.mp3
Tags: osama radio public broadcast comment
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